Egapeuprèslité

C’est un nouveau concept à la mode.
Un de ceux qu’on reprend dans les petits salons parisiens de la rive gauche aux bancs des églises de province, ou non pardon, de région comme on dit maintenant.

Dans ce beau pays qui est le mien, du moins pour l’instant, qui se vante d’être le pays des droits de l’homme, et qui a écrit sur le fronton de tous ses bâtiments publics Liberté, Fraternité, Égalité, les travaux commencent. On est en train de vouloir rajouter quelques lettres sur le fronton pour corriger, Égalité en Egapeuprèslité.

J’étais un peu calmée sur le sujet, et puis j’ai relu, j’ai entendu. Pas les insultes de caniveau, j’ai réussi à m’en détacher comme la blanche colombe, mais tous ces gens, qui ici et là, disent et écrivent des choses comme « je ne suis pas homophobe, mais je ne veux pas que vous ayez les mêmes droits que moi », qui ajoute les mots « ou l’idée que vous vous en faites » après l’égalité…

L’idée que je me fais de l’égalité ?
Bah je sais pas, j’aimerais pouvoir m’unir auprès de la personne auprès de qui j’ai choisi de passer ma vie. Pouvoir le dire devant mes proches, mes amis, comme au final nous l’avons déjà fait sauf qu’on a du mettre tout ce petit monde dans un avion et aller au bout du monde, mais bref. Faire une petite fête pour dire devant tout le monde, oh eh voilà on s’aime et on vous le dit. Bon c’est égoïste ? Ok peut être, mais je veux le mariage dans tous les sens du terme, celui de m’engager à la protéger, pour la vie, in sickness and in health, le vrai, pas une pale copie chinoise qu’on a appelé le pacs.

L’idée que je me fais de l’égalité c’est que si je meurs (déjà pas de chance…) ma compagne pourrait avoir les mêmes droits que n’importe quelle veuve.. Ouh je suis d’humeur joyeuse au café le matin de parler de veuvage mais c’est de ça qu’il faut parler, messieurs dames, parce que dans la vie de tous les jours, dans la vraie vie, celle ou je suis, même en région, ma petite famille homoparentale a « presque » les mêmes droits que les autres.

Deux mamans à la crèche indifféremment, deux mamans qui payent des impôts au sein d’un même foyer fiscal.. Pour la caf, nos employeurs, nos amis, nos parents, nos voisins, nos médecins, nos vendeurs dans les magasins, nous sommes une famille, une vraie, deux parents, deux enfants, c’est écrit partout : Supplément Familial de Traitement : 2 enfants. Complément de Libre Choix d’Activité : 2 enfants. Foyer fiscal : 2 demis-parts correspondant à 2 enfants.

Eh oui le monde avance, seul le législateur est à cote de la plaque comme l’a dit quelqu’un que j’aime beaucoup ici.

Et mon seul problème aujourd’hui, si tant est que ce battage médiatique cesse et qu’on arrête de m’insulter de bon matin quand j’allume les informations, c’est que si je meurs, je laisse ma femme sans moi déjà la tuile, mais sans la protection qu’apporte le mariage au conjoint survivant, je laisse notre fils ainé sans parent, du tout ! Parce que le seul endroit où nous n’avons pas 2 enfants est sur le livret de famille.

C’est ça, égapeuprèslité.
Une réalité qu’il fait plutôt bon à vivre mais où il ne faut absolument pas mourir.

On me rabâche les oreilles avec des arguments THEORIQUES sur le futur des enfants issus de nos familles, des études qui se contredisent toutes soit dit en passant, on me dit qu’on ne pense qu’a nous et pas aux enfants.. Mais je ne fais que ça, pensez à mes enfants, à leur protection, c’est ce petit quelque chose qui manque, je ne parle pas de théorie, je parle de concret, là demain paf écrasée par un bus. Est ce que là aussi c’est l’idée que je me fais de l’égalité de vouloir cette protection ?

Alors en attendant, arrêtez vos travaux de rénovation de façade, l’égapeuprèslité ne rime à rien.
Et d’ici là on va continuer d’essayer de ne pas mourir.

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