Trop Connectés?

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Je prends de plus en plus conscience de ce que l’utilisation d’Internet peut engendrer comme tension au quotidien. Vous êtes là gai comme un pinson ( fallait la faire), vous n’avez rien demandé à personne, vous ouvrez simplement une page d’actualités avant de voir se déverser sur vous un flot de réflexions et d’injures de ceux qui commentaient autrefois leur journal à haute voix  entre les quatre murs de leur salon. Niveau actualité en ce moment, on a notre lot. Et Internet est un très grand salon.

Aujourd’hui avec Internet, j’ai l’impression que les 45% qui sont contre le mariage gay sont autant d’ennemis ligués contre notre famille. Je prends une e-claque à chaque fois que certains estiment qu’on ne doit pas leur faire « subir » la possibilité que d’autres s’unissent. Je ressens le besoin de protéger ma fille contre cette intolérance, je me sens même obligée de justifier que je suis un bon parent. Puisque c’est la guerre…

Il  faut cependant remettre les choses à leur place : oui ça fait mal, oui ça irrite, mais quand on y regarde de plus près, est ce que cela se passe comme ça dans la réalité ? Est-ce que c’est MA réalité ?
Dans la « vraie vie » il y a des règles en société qui permettent de conserver une harmonie sociale.
Transposez Internet  à la vraie vie comme des bulles au dessus de la tête de vos interlocuteurs révélant toutes leurs pensées intimes. Vous imaginez le foutoir ?

Dans la vraie vie on se tient, certains moins bien que d’autres mais enfin globalement, l’harmonie sociale est préservée.  Car on a tous cette capacité d’échanger, d’écouter, d’évoluer. Lorsque je me sens soudain vulnérable face à l’influence d’Internet (ballot quand on travaille dans la branche), je pense à mon parcours et ça me questionne : où sont les cons ?

Peut être qu’ils sont là autour de moi avec leurs bulles blanches sur leur tête. Peut être que c’est cet agent hospitalier là qui serrait les lèvres en nous apportant notre plateau repas à notre arrivée dans le service ? La même qui a fini par les offrir à ChérieLégo à la fin du séjour. Une toxémie, une hémorragie et un mois de coloc ça rapproche.
Chance ou aveuglement, mon homosexualité n’a jamais posé de problèmes autour de moi. Je ne me suis jamais vraiment posé de questions sur mon orientation sexuelle. ChérieLégo est arrivée dans ma vie et j’ai décidé que c’était elle. Je n’ai jamais eu peur de l’annoncer à mes parents. Pour cela, il aurait fallu qu’ils soient exemplaires, ils avaient simplement fait du mieux qu’ils pouvaient et moi de mon côté j’avais toujours donné le change. Mes collègues me outent avec une indifférence touchante en parlant de l’autre maman de Loulette devant les nouveaux arrivants. Ma pédiatre après avoir placé notre famille en observation pendant quelques mois, nous demande si nous allons nous marier, fait des pansement nounours à ChérieLégo et a un regard amusé quand celle-ci déclare « qu’on n’est pas grand dans la famille » et passe pour une andouille parce que je crois bien que je n’ai jamais parlé de la méthode de conception au docteur… Notre nounou nous offre des dessins « bonne fête mamans ». Nos voisins marocains ont « présenté les fameuses mamans de Loulette dont je vous avais parlé » à tout le village lors de la fête des voisins. Et si nous avions bien senti deux ou trois regards circonspects, notre naturel a toujours su faire fondre les à priori.

Quand je regarde la vie ailleurs que sur mon écran  il y a aussi des grands parents gagas, des amis présents, des tontons blagueurs. Il y a des gens qui ne savent pas mais qui se taisent. Il y a des voisins prévenants et des médecins attentifs. Il y a même le curé qui sourit à ses grands yeux bleus.

Alors quand je sens la tension m’envahir, j’éteins mon ordinateur, je respire profondément et je pense : à cet instant précis que reste-t-il vraiment?

 

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