Le plus beau jour de ma vie !

« Tout va bien, ne vous inquiétez pas, on va lui remettre une dose de péridurale.
Qui peut aller me chercher des compresses ?
Des compresses, je veux d’autres compresses.. »

29 novembre 2011, tout va bien, j’ai pris 30kgs.
Mais où sont passés mes pieds ?
Des contractions toutes les 5mns depuis une heure, trop contente, on va enfin connaître la boulette.
Trop contente, je vais peut-être revoir mes pieds.
J’appelle Nouni, la prévient qu’il va falloir rentrer.
« Maintenant ou je mange à la cantine avant ?
Va-z-y mange et après tu viens »
Mais quelle zénitude, mais quelle suffisance !

Tout va bien se passer, je le sens.
Deux heures après le début des contractions, on part donc pour la maternité.
Arrivées là-bas, comme depuis un bout de temps maintenant, ce sont les portes ouvertes.
On appelle ça un toucher vaginal dans le jargon.
« Vous n’êtes qu’à 1 madame, si ça se trouve vous pourrez peut-être rentrer chez vous. Ou sinon, allez marcher et revenez dans une heure ou deux. »

Ok, superbe visite du parking de l’hôpital, trop la classe. Entre deux contractions, forcément de plus en plus fortes, je me marre d’étonnement. Mais qu’est-ce que c’est que cette douleur, mais c’est ignoble, j’arrive même plus à tenir debout !

Au bout d’une heure, retour à la case départ. Re-portes ouvertes : 3 ! C’est parti, on va en salle.
La tenue bleue trop la classe, les souliers pour Nouni, la péri, tout ça tout ça.
La péri, merci ! Géant, je n’ai plus mal, maintenant c’est encore plus sûr, tout va bien se passer !
Allez ma boulette, viens mon bébé, tu vas voir c’est trop bien aussi dehors, on va être bien !

21h, plus de col, parti, envolé. Plutôt pas mal pour un premier bébé. Rho, c’est vraiment sûr, j’ai le droit à mon accouchement de rêve, je l’avais parié !
C’est marrant la vue d’ici, qu’est-ce que tu fais madame, avec tes deux mains à l’intérieur de moi là, comme si c’était normal ?

La boulette ne descend pas, on attend minuit. Minuit arrive, on y va.
« Poussez » qu’elles disaient. Bah ouai mais moi là, je suis à fond. Et pis je vois bien à vos têtes que vous mentez, elle descend pas la boulette, même que ça se voit.
« On va vous appuyer sur le ventre ».
« Nannnnnnnnnn, descendez !! » Bah oui, qu’est-ce qu’elle faisait là cette dame, à faire comme une prise de catch à mon bébé ?!
Re-dose de péri.
Au bout d’une demi-heure, j’apprends « qu’on va appeler le médecin ».
Le petit bonhomme à l’accent italien se pointe, s’habille avec les mêmes belles tenues mais en plus accessoirisées, met des bâches un peu partout.
Et là, allez savoir pourquoi, un sursaut d’humanité peut-être, je lâche un sonore « waaaaaoouuuhhh, Dexter Morgannnnnnnnnnnnn » !!!!
Dans ma mémoire, il me reste le vide, l’énorme bide, personne ne se marre. Bon, raté.

Le petit monsieur, maintenant entouré de plein d’autres gens sort des couverts à salade pour « ouvrir mon bassin », si j’ai bien compris. Mon Noune doit sortir.
J’ai appris à ce moment-là que la douleur pouvait se confondre avec la terreur. « Vous avez mal madame ? J’entends les voix de loin, j’ai peur et j’ai mal, mais je ne sais plus trop bien ce que j’ai finalement.
La seule chose qui me raccroche à la réalité, c’est le monito, que je suis la tête tordue pour voir si mon bébé va bien.
J’ai beau avoir droit à une nouvelle dose de péridurale, c’est trop tard, c’est juste atroce !
Et puis, l’indicible..

« Mon bébé, c’est vraiment mon bébé ? »
Je pleure et je n’arrête pas de répéter les mêmes mots « mon bébé, oh mon bébé, c’est mon bébé ».
Je tremble de partout, je suis en état de choc en fait. Comment peut-on passer du tout au tout en une fraction de seconde ? Comment peut-on passer de la pire douleur, de la pire terreur à l’instant le plus magique du monde, celui qui reste indicible ?
Comment expliquer ce sentiment de dingue qui vous remplit d’un coup, de façon ultra-violente, ce bonheur si intense qu’il en devient complètement irréel ?

C’est mon bébé. Et c’est aussi le bébé de mon Noune. Qu’on ne me dise pas le contraire, ou je crie comme j’ai crié en salle d’accouchement !
Elle était là dès le début. Elle a choisi le donneur. Elle était là il y a bientôt huit, on se posait toutes les questions que se posent aujourd’hui bon nombre de français. Sauf qu’on est allé chercher les réponses, même si peu veulent les entendre. Elle était là pour vite faire tous les travaux dans la maison pendant que je prenais mes 30kgs. Elle était dans la chambre d’en haut pour en faire un joli cocon.
Elle était là pour faire les soins à la maternité et ensuite à la maison, quand je ne pouvais pas me lever. C’est même elle qui a pris le premier caca visqueux sur ses chaussures, et sur les mains.
C’est elle qui lui donne son bain tous les soirs. C’est encore elle qui donne le sourire à ma fille quand elle rentre du travail et qu’on la regarde arriver par la fenêtre. Etc etc.

Celui qui ose dire qu’elle n’est pas parent à part entière de ma fille, celui qui ne comprend pas qu’on puisse demander l’officialisation du rôle qu’elle occupe à plein temps, qu’il vienne aussi chez moi !

30 novembre 2012 à 00h30, notre fille fête son premier anniversaire ! Je ne vais penser qu’à ça, aujourd’hui et les jours à venir, en profiter un max parce que ça va fiester sévère ce week-end, avec la boulette d’un an et tous nos copains, leurs enfants, nos familles ! Mais j’ai juste une petit pensée avant : Pourvu que cette période que l’on traverse, où l’on entend les mots « pédophilie » et « homosexualité » dans les mêmes phrases, passe vite. Cette période pendant laquelle des gens se regroupent pour lutter contre l’égalité des droits.
Pourvu que ma fille n’ait pas à entendre toutes ces ignominies, que l’on ait pas à lui expliquer la haine d’autrui avant quelques années..

En tout cas ce week-end, c’est fête, ça fait un an aujourd’hui que c’est chaque jour le plus beau jour de ma vie !

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