Comment j’ai confondu notre embryon avec un produit désinfectant

…Ou les novices de la PMA

Que se passe-t-il derrière cette porte? Au-dessus de nos têtes,  une pancarte gris et vert : « laboratorio de fertilizacion in vitro» Aucun souffle, aucun bruit ne vient perturber le silence du lieu. Tout est blanc, entourant le couloir de mystère et d’espoirs flottants, car ici s’accomplit le miracle de la vie en pipette. Nous attendons donc patiemment notre tour dans un silence de plomb, aussi angoissées et excitées que ce couple d’espagnols. Ils sont mignons tous les deux à se tenir les mains, si bien que l’emplacement de leurs doigts laisse des traces blanches visibles sur leur peau. On dirait deux oisillons tombés de leur nid. Ils sont d’un même brun, la trentaine. Je me lève et effectue les cent pas dans le long couloir immaculé.

Enfin, nous entendons un léger remue ménage derrière la porte. La poignée est tournée de l’intérieur, une petite infirmière, brune à la peau noiraude,  avec une charlotte verte sur la tête nous interpelle. Elle ressemble à un elfe, Björk en charlotte. Elle épèle nos noms. Nous nous tournons vers le jeune couple espagnol. « Suerte ». Oui c’est vrai que c’est comme cela que l’on souhaite bonne chance en Espagne. Suerte. Que la nidation soit avec nous.

L’équipe à l’intérieur est moins solennelle. Elle est même hilare, ce qui contraste avec notre tension. La petite brune nous désigne deux casiers  dans lesquelles sont pliés une blouse, des chaussons et une charlotte.

Toi, me dit-elle, tou enlèves la coulotte (décidemment c’est une manie!). Et toi s’adressant à ma chérie,  tou enfiles la blouse mais tou restes habillée.

Je penche la tête vers la pièce d’à côté. Non, à priori nous n’avons pas choisi de clinique naturiste et je ne vois pas ce que ferait ChérieLégo à poil à côté de moi pendant que l’on me transfère un embryon, mais passons. Nous enfilons nos blouses et nos chaussons et pénétrons dans la salle de transfert sous les rires du médecin et des infirmières. Devant nos mines dubitatives, nous sommes enfin renseignées sur cette hilarité générale : on nous apprend que le couple qui nous avait précédées était entré ensemble dans la salle de transfert nus comme des vers sous la blouse fendue par derrière. Monsieur s’était rendu compte de sa bévue un peu tard mais était resté stoïquement les fesses à l’air, tenant la main de sa femme pendant le transfert, au milieu d’une équipe exclusivement féminine ayant du mal à retenir leurs gloussements. Pauvre monsieur sortant dignement  les fesses blanches sous les rires mal contrôlés… Il était un peu bête tout de même, on nous avait pourtant bien expliqué le déroulement complet du transfert d’embryon.

Mais maintenant c’est à mon tour. On m’installe sur le siège,  ChérieLégo à ma droite regardant l’écran qui crépite tandis que la salle est plongée dans le noir.

–          On fait une petite écho ?

Bien sur, deux mois de kiné de la foufoune pour réajuster ça et maintenant je suis devenue la pro de l’écho.

Et là, je l’aperçois qui entre dans la salle. Portant précautionneusement la vie dans un tube rempli de liquide rose. C’est LE moment, celui qui va changer notre existence à tout jamais. La machine interne se met alors en route, je me mets à trembler d’excitation et d’émotion,  je ne vois que cette infirmière en blouse blanche dans un halo de lumière qui vient vers nous d’un pas léger, aérien comme un film que l’on visionne au ralenti. Et mes yeux sont remplis d’étoiles, mon cœur s’emballe,  dans ma tête la musique résonne tout doucement d’abord puis de manière assourdissante, c’est celle du film,  la boum « Tadadam. Tadadam,tadadam tadaaam dam…Dreams are my reality, The only kind of real fantasy… », mes joues dégoulinent de larmes et je murmure alors dans un cri du coeur « Mon petit ! Notre bébé…»

–          Ah non, ça c’est le produit pour nettoyer les [ustensiles/fioles/salles] Madame !

(Bruitage de fermeture éclair ouvert-fermé-ouvert)

Mes excuses silencieuses, monsieur-de-la-blouse-fendue.
Nous aurons l’occasion de renouveler l’expérience plusieurs fois pour devenir à notre tour des habituées blasées de la PMA.

Publicités