Comment j’ai raté le mariage de William et Kate !!!

Et oui alors que vous vous extasiiez devant le chapeau de la reine d’Angleterre ou devant la chute des reins de Pipa (oui plutôt ça hein !) moi pauvre lesbienne en mal de bébé, je faisais mon « Paris-Dakar », mon « Pékin express » ou plutôt mon « Amazing Nantes-Gent Race » !

Et oui en France et de nos jours, les couples de femmes désireuses de fonder une famille doivent subir une multitude d’épreuves dont les plus chanceuses, les plus endurantes, les plus riches aussi ressortiront peut-être « gagnantes ».

Parmi ces épreuves, pour celles qui ont choisi d’avoir recourt à une insémination artificielle, il y a l’acte de l’insé en lui-même et le voyage aller-retour vers la clinique étrangère qui nous accepte (encore merci à elle). Une épopée, une odyssée que dis-je un périple dans certain cas.

Et ce vendredi 29 avril 2011, alors que William et Kate allaient se dire « yes I do » so féérique sans même se rendre compte de leur chance de pouvoir se marier, moi je partais seule avec mon sac à dos rempli d’espoir et de sandwichs direction une contrée fort fort lointain, dans une romantique salle d’hôpital sans strass ni fanfare où ma marraine la fée avait des gants de latex et un masque comme joli costume et un cathéter comme baguette magique. Un joli conte de fée n’est-il pas ?… soupir.

C’est notre 3ème essai, cette fois ma chérie travaille je dois donc y aller seule en calèche enfin en train, le 1er en partant de Nantes à 6h et le dernier pour rentrer vers 00h, une longue journée. Et oui pour nous, en plus du combat on doit parfois se résoudre à faire nos enfants à distance … soupir.

Alors, après avoir eu un test d’ovulation positif, avoir contacté la clinique belge pour avoir un rendez-vous dès le lendemain etc., l’aventure commence donc par le TGV de 6h direction Lille ! Ce 1er train a eu presque 30 mn de retard mais pas de soucis j’ai pu avoir ma correspondance sans grande frayeur. Et grâce aux indications d’une amie passée par là trop de fois j’ai pu trouver l’autre gare Lilloise et surtout les quais à destination de la Belgique. J’ai même suivi ses conseils jusqu’au bout en montant dans un wagon de tête car elle disait que parfois les wagons de queue restent en gare. Il y a toujours un peu de suspens dans les contes de fée.
Le voyage Lille-Gent s’est bien passé et malgré un peu d’hésitation j’ai réussi à descendre à la bonne gare (bin oui je change de contrées dorénavant les messages audio du train parlent en Ikéa et en plus les panneaux d’affichage à l’intérieur du train déconnent), youhou j’arrive à Gent, il est midi, l’insé est à 15h15, je décide d’aller quand même direct à la clinique, de chercher une cigogne enfin de payer l’insé, de manger puis de me détendre sur les pelouses en attendant le grand moment !

Par contre je n’arrive pas à joindre ma chérie, j’arrive à lui envoyer des sms mais pas à l’appeler malgré tous les essais d’indicatif. Dur dur de ne pas l’entendre, mais bon je continue mon épopée en pensant fort à elle. Peut-on faire des bébés par sms ? … soupir.

Il est 12h30 je suis à la caisse de la clinique, j’ai attendu bien 1 demi heure avant que ça soit mon tour, enfin c’est à moi. Et tout se passe bien jusqu’au moment de payer, comme pour les 2 premières fois je paie par carte bancaire sauf que là la réponse à mon code est « solde insuffisant ». J’ai les fonds mais ce que je comprendrais bien plus tard c’est qu’en ayant déjà payé une insé en début de mois j’ai dépassé le montant payable à distance pour le mois, so romantic ! Bref là je ne connais pas la cause du problème et va s’en suivre les instants les plus longs de ma vie …

La gentille hôtesse me conseille d’aller retirer de l’argent au distributeur puis de revenir, sauf que la machine en question ne veut pas non plus me donner les 300 euro, je n’arrive à lui soutirer que 260 euro, j’ai 27 euro sur moi … il me manque donc 13 euro pour payer la fée des paillettes pour qu’elle me donne une chance d’avoir un bébé.

Là je me sens extrêmement seule, d’ailleurs je le suis, je suis à plus de 600 km de chez moi, je n’arrive pas à joindre ma chérie ni ma banque, je suis dans un pays dont je ne parle pas la langue, je n’ai pas de chèque et il ne me manque que 13 euro, je sais que si ma chérie était là on serait 2 à porter le stress et aussi qu’elle pourrait retirer 20 euros et y aurait plus de problème.

Je retourne voir l’hôtesse telle cendrillon en trainant ma peine comme des guenilles, j’espère qu’elle voudra bien me faire cadeau des 13 euro, surtout qu’on verse toujours un peu plus pour chaque acte et donc que la clinique me doit un peu de sous. Je ne me vois pas rentrer sans avoir fait l’insé, ils ont déjà du décongeler la paillette de zozo, c’est raté foutu, le prix des billets de train, la paillette …non c’est pas possible !

Et heureusement l’hôtesse se transforme en fée et fait son possible grâce à plusieurs coups de fil, ils acceptent que je ne paie que 280 euro, je sèche mes larmes et reprends espoir, l’insé aura bien lieu. Il me restera même un peu de monnaie pour m’offrir un café. Et combo gagnant j’arrive à joindre ma chérie après une énième tentative, je me sens moins seule, je relève la tête.

L’insé se passe bien, même si cette fois-ci le médecin ne parle pas français, dommage il est 15h15, je n’ai pas parlé sauf 5mn au tél depuis 6h ce matin, c’est pas grand-chose mais ça rajoute à la dureté de cette épopée je trouve, j’ai besoin d’humanité. Je me demande où en sont William et Kate mais surtout je pense fort à ma chérie, c’est elle qui devrait être là à appuyer sur la baguette magique. Peut-on faire des bébés par la pensée ? … soupir.

Je file aussi tôt après direction la gare et j’attends … longtemps mon train. Il fait très chaud, je suis sur un quai de gare bondé, on est vendredi fin de journée, un monde fou. Il y a plein de poussière, je suis debout depuis 5h ce matin, je suis debout sur ce quai avec mon sac à dos, ça se bouscule, ça me bouscule, oh faites attention, je suis en train de faire un bébé. Peut- on faire un bébé debout dans une foule ? … soupir.

Après plusieurs changements de quai de dernière minute (heureusement que je scrutais le panneau car je ne comprends toujours pas le Krisprolls audio) j’arrive enfin à monter dans le train mais je dois me résigner à rester debout encore, trop de monde. Je n’en peux plus, toute cette fatigue, toutes ces épreuves. Et puis le train s’arrête et tout le monde descend, mais on n’est pas à Lille ?! Nouveau suspens ! Ah j’étais monté dans un des wagons de queue, ceux qui restent en gare ! Mais j’ai le temps de descendre et de vite remonter dans le train avant qu’il ne reparte.

La fin de mon voyage (l’attente à Lille puis le retour en TGV) va bien se passer, je vais rentrer à 00h06, ma chérie m’attendra sur le quai, enfin je vais pouvoir la serrer fort, partager un moment de douceur. Peut-on faire un bébé à posteriori ? … soupir.

Deux semaines plus tard, pas de bébé  mais « du sang dans mes dessous ». Tout ça pour ça …

Heureusement, pas la fois suivante, mais la 5ème fois, toujours en train, toujours une épopée, je n’irai pas pour rien. Depuis un petit chou beau comme tout est venu combler ce vide d’amour, parce que même par sms, même par la pensée et malgré la distance c’est un acte d’amour, celui de devenir parents.

Voilà comment on fait des bébés au pays des couples de femmes françaises, un vrai compte de fée n’est-ce pas ? et là je n’ai pas parlé du traitement, des piqûres, des échographies et prises de sang tout  ça …

Je ne demande pas à être une princesse, ma femme … enfin pardon ma compagne non plus d’ailleurs, nous ce qu’on veut c’est le droit d’être nous, un couple amoureux, de faire des bébés de façon moins éprouvante et être officiellement comme nous le sommes dans le quotidien : les parents de notre enfant, si simple pourtant …

Je souhaite beaucoup de bonheur et d’enfants, s’ils en veulent, à William et Kate, leur mariage ne me dérange absolument pas, alors pourquoi le notre vous dérangerait-il ?

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