C’est quoi cette bouteille de lait?

Puisqu’il est question de se mettre à nu sur ce blog, autant commencer par le vrai nu. Le premier. Parce qu’ensuite on a tellement l’impression de s’être déshabillée devant la moitié de la terre qu’un jour machinalement à force d’enlever le bas devant une blouse blanche on risque de finir sans culotte dans le cabinet du dentiste.

Pour tout aspirant à la parentalité dans notre cas, le parcours débute par un premier entretien dans une clinique étrangère. Notez au passage la magnifique logique dans notre pays avec une loi qui permettra à nos enfants d’avoir légalement deux parents du même sexe mais qu’ils sont priés de les faire ailleurs. Bref passons.

En janvier 2010, nous nous sommes donc retrouvées devant la plaque de reproducion assistada de notre clinique. Une plaque toute rutilante payée grâce au business espagnol de la procréation médicalement assistée. Beaucoup d’étrangers en mal d’enfants viennent ici pour les délais très courts de dons de paillettes, d’ovules ou d’embryons. Cela se paie au prix fort mais la demande étrangère est bien présente.

Nous avons poussé la porte le coeur battant. Bonjour, nous sommes le rendez-vous de onze heures. A l’intérieur, on nous a fait attendre au milieu d’autres couples. On s’est regardé à la dérobée, s’interrogeant sur l’histoire de chacun. Qui seront les prochains à être parents ? Ce cinquantenaire là avec cette fille de vingt ans sa cadette ? Ou bien ce couple de français très discrets que l’on sent d’instinct empêtrés dans un long parcours ? L’assistante a coupé court à nos projections en nous appelant depuis le couloir.

Le médecin qui nous accueille doit avoir une quarantaine d’années, les lèvres charnues, les cheveux poivre et sel. Un bel homme qui doit faire tomber les nanas de l’hôpital. A côté de lui, une interprète. Dans la salle qui jouxte son bureau, une infirmière place de nouvelles bassines, des gants en latex.  L’entretien débute en catalan, il est ravi de nous accueillir dans sa clinique et nous souhaite que ce parcours soit rapide. Il nous décrit le déroulement d’une fecondation in Vitro et le protocole.  L’interprète nous donne des précisions car notre catalan est plutôt limité. Voila les ordonnances, vous débutez les piqûres dès que vous le souhaitez. L’entretien se termine, il aura duré un petit quart d’heure seulement. Nous en sommes presque déçue et nous nous apprêtons à partir quand le médecin nous regarde et s’adresse à l’interprète. Elle se tourne alors vers moi :

–          Le médecin aimerait vous faire une échographie pour s’assurer que tout va bien.

Bien sur, il faut bien commencer un jour. Et puis même si la seule expérience du gynécologue que j’aie se limite à un tâtage de seins, je sais ce que c’est une échographie, je l’ai vue pendant la grossesse de ma mère. On t’applique du gel sur le ventre et l’on passe une espèce de poire dessus. L’infirmière s’approche en souriant,  me conduit derrière un paravent et me dit « tou enlève la coulotte et tu reviens nous voir ». La coulotte ? Pour une échographie sur le ventre ? Bon ça doit être une question d’hygiène après tout. Pour ne pas tâcher mes vêtements surement. C’est qu’une fois à moitié nue derrière mon paravent, j’ai beau tirer sur mon tee shirt, il n’y  a rien à rien à faire, il va falloir que je me résolve à entrer moustaches à l’air devant quatre personnes. A partir de maintenant je le sais,  je devrais mettre toute pudeur de côté. Je m’avance rougissante.

Le médecin me demande de m’installer dans le fauteuil, les pieds sur les étriers. Je suis heureuse, concrètement tout débute maintenant. Pendant ce temps là il fixe une sorte de préservatif sur un espèce de manche. J’ai un doute. Un très très gros doute.  Ouille mais qu’est ce que… ?

Détendez-vous, me dit-il en espagnol.

Je ferme les yeux et souffle « pense au bébé, un joli bébé aux yeux en amande….Imagine ton accouchement ». Aïïïe !!! C’est pas possible c’est un pieu qu’il m’enfonce ou quoi ?  Il tente une fois, deux fois. Prend son élan, me pilonne. Rien à faire. J’ai l’impression que l’on essaie de faire glisser un tronc d’arbre dans un trou de serrure. Je lui assure que je suis pourtant très motivée à coopérer. Lui est rouge, mal à l’aise, tandis que je me crispe aux barreaux. Il finit par appeler l’interprète : « Chica, tu sais qu’il va falloir faire passer un enfant de trois kilos par là bientôt ? ». Il réessaie avec mon accord :  l’outil refuse d’aller plus loin et je me sens écartelée.  ChérieLégo, entendant mes petits cris dans le bureau d’à côté se joint à nous et me tient la main « Allez Chérie, détends-toi  ». Je souffle à nouveau, la technique du petit chien « fff fff ff f ». L’infirmière déboule en renfort et maintient fermement mes cuisses qui tanguent de gauche à droite pendant que le médecin essaie de nouveau de pratiquer son examen. Il y parvient tant bien que mal, ma serrure a sauté. Enfin, du moins la moitié du chemin : le machin reste planté au milieu.

Je vous résume alors la situation : entre mes cuisses j’ai une vue panoramique de quatre tête toutes ennuyées penchant la tête de biais en regardant mon anatomie. . L’une se tapote le front où perlent des gouttes de sueur, l’autre mordille le capuchon de son stylo.  Et moi je dois ressembler à la petite fille de l’exorciste qui pousse des jurons en se tenant aux barreaux du siège.

Voila. La prochaine fois je vous raconterai comment pendant le premier transfert j’ai confondu notre embryon avec le liquide pour nettoyer les ustensiles de la salle de transfert.

Publicités