Comment je suis passée du côté obscur

C’est l’article de Subway qui m’y a fait pensé. Comment c’était avant? Avant les filles je veux dire ou plutôt LA fille car il n’y en a eu qu’une.

Avant il y a eu Martin, Nicolas et Raphaël. Pas triste, juste décevant. J’avais 22 ans, je ne m’inquiétais pas franchement de la situation, j’avais le temps de rencontrer quelqu’un avec qui j’aurais envie de mener un bout de chemin. En attendant, j’étais passée maître dans l’art des motifs de ruptures bidons. Et puis il y a eu Bart. Ce fut lui mon déclic :

J’avais une passion depuis toujours pour l’histoire d’Anne Frank et   j’avais résolu de passer du temps à Amsterdam. Comme j’avais certaines facilités pour les langues et que je souhaitais m’immerger totalement dans le pays, j’avais acheté un petit guide pour apprendre les rudiments du flamand avant mon départ. Il eut tôt fait d’atterrir dans la corbeille et j’appelais Bart à la rescousse.

Bart était originaire d’Anvers, en Belgique. Plutôt beau garçon, nous nous connaissions par le biais d’amis communs. Il prit son rôle très au sérieux, arriva un soir avec des bouquins sous le bras, ses petites lunettes  juchées sur le nez, et entreprit de me faire réciter des syllabes barbares.  Pendant que je m’évertuais à prononcer des « Krr », quelque chose se tramait. Je ne sais comment le cours de langue prit une autre tournure à la deuxième leçon mais Bart resta persuadé  qu’aucune fille normalement constituée ne se mettait sérieusement au flamand sans avoir une idée derrière la tête.

Je ne sais pas comment on drague dans le nord de la Belgique, mais aucune fille normalement constituée ne  se ferait chier à apprendre le Hollandais uniquement  pour se taper Bart. Quoi qu’il en soit, nous restâmes chacun avec nos convictions et cette histoire continua bon an mal an.

Bart travaillait dans le domaine de l’export, il était très grand, sportif et beau garçon. Toutes mes copines se pâmaient en voyant arriver ce viking.  Très vite cependant, je compris qu’avec lui aussi ça ne fonctionnerait pas : trop collant, trop mou, trop plein de choses que je n’arrivais pas à identifier.  Le hic c’est que Bart était typiquement le type gentil dont toutes les filles méchantes comme moi ont toutes les peines du monde à quitter. Lorsque je traversais la pièce, ennuyée par sa présence dans mon appartement, il se contentait de me suivre avec des yeux soumis et ne réclamait rien en retour si ce n’est ma compagnie, même muette. Si seulement.  J’en devenais exécrable, capable des pires caprices qu’il exécutait sans broncher.  Un jour, pourtant, j’avais pris ma décision, cette fois-ci je serai ferme : j’allais le quitter…Et il arriva en escaladant mon balcon avec des roses à la bouche. (L’infâme il avait du le sentir) Est-ce qu’on quitte un homme qui vous apporte des roses ? Non ! Ça ne se fait pas.

Une autre fois j’essayais la méthode douce « je ne suis pas amoureuse de toi tu sais ». Ça lui était bien égal, avec le temps j’apprendrais à l’aimer. Excédée je le mis à la porte de mon appartement.  Il revint trois jours plus tard, chemise froissée, avec une barbe naissante,  en implorant qu’il n’avait plus rien avalé depuis. Méchante oui, insensible non. La meilleure défense était la lâcheté.  J’acceptais la réconciliation aussitôt mais en annonçant navrée, mon prétendu déplacement professionnel prochain pour l’Espagne, et ce pendant de nombreuses semaines. Il  n’en demandait pas tant.

Pendant une bonne dizaine de jours j’ai savouré ma liberté retrouvée.  Puis un soir, il m’appela sur le portable. Je devais être bien lunée car je décrochais en m’appuyant sur le rebord de la fenêtre.

« Allo… oui temps sublime, ah l’Andalousie… Attend une minute… oui tu disais ?
–          Je suis en bas de chez toi
–          …Ah
–          C’est allumé !
–          Ah oui mais tu sais c’est parce que j’ai  prêté mes clefs à Lucky.
–          Et je te vois

Merde, merde, merde…J’ai regardé autour de moi comme un insecte pris dans un piège. Instinctivement je me suis jetée au sol.
–          Et là tu viens de te jeter au sol

Je ne revis plus Bart. J’ai su quelques années après qu’il m’en voulait encore. Mais moi plaquée sur le sol glacé, j’ai subitement pris conscience du ridicule de la situation. Il était peut être temps d’ouvrir les yeux sur ce que je savais au fond de moi.

Si vous aussi, vous voulez témoigner sur les motifs de rupture bidons donnés (ou reçus), n’hésitez pas à les poster en commentaire, que je me sente moins seule 😉

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