Non, toujours pas

J’aurais voulu dire que je l’ai rencontrée et que je suis devenue gay…
Mais non, ça ne s’est pas passé comme ça.
Je porte mon homosexualité depuis mes 14 ou 15 ans.
Depuis ma naissance plus vraisemblablement, mais disons que j’ai conscience que j’aime les femmes depuis l’adolescence.
Sans combat. Sans malaise aucun.
Allez j’en rajoute une couche, depuis l’adolescence j’aime les filles… et les garçons.
Pour des raisons très, très différentes d’ailleurs.
A partir de l’adolescence, je n’ai eu de relations amoureuses qu’avec des garçons. Cela ne m’a pas empêché d’aimer fortement, intensément des filles.
Et à bien y repenser, j’ai souvent été aimée en retour.
Pendant des années, je suis sortie avec des hommes tout en aimant des femmes.
Sans aucun dérangement.
Et puis un jour. J’ai eu envie d’allier les deux. L’esprit et le corps.
C’est arrivé. J’avais 29 ans.
C’était fort. Passionné. Passionnant, mais… ça n’était pas la bonne personne. Celle avec qui on décide de faire sa vie. Surtout lorsqu’on a décidé de ne faire sa vie avec personne.
Alors, j’ai décidé de retourner aux garçons. Un peu différente, un peu changée.
Un peu blasée.
Pour patienter.
Pour me diriger lentement vers elle.
Celle qui d’un coup a rendu la vie belle et le chemin évident. Celle qui me supporte, dans tous les sens du terme. Celle qui malgré tous mes doutes et mes dilemmes, toutes mes chutes et mes plaies, alors que je reviens vers elle titubante et penaude, me dit d’un air franc et assuré : “non, toujours pas”.
Toujours pas lassée, toujours pas dégoûtée, toujours pas fatiguée.
Celle que je ne pense pas méritée tellement elle est une étoile. Celle qui me sort de ma tanière avec l’art et la manière.
Celle qui ne voulait pas d’enfant et qui m’a offert pour mon anniversaire, un matin, dans un lit, cette phrase : “je suis prête, allons-y”.
Celle qui deux ans plus tard, jour pour jour, me tenait la main lorsque le médecin espagnol procédait à l’insémination gagnante dans le creux de mon corps.
Celle qui filme sans cesse notre fils. Qui lui apprend des chansons qui n’existent pas.
Celle qui le couche le soir.
Celle que j’aime.
Qui dit une chose si juste :
“On se ressemble pour l’essentiel mais on est complémentaires pour le reste”.

Il ne s’agit pas de sexualité ici. Notre sexualité va bien merci, mais elle nous regarde.
Il s’agit d’amour, il s’agit de choix, il s’agit d’évidence.
Il s’agit de deux personnes – que nous soyons deux femmes, après tout, peu importe – qui ont fini par se trouver.
Après avoir expérimenté, après avoir cherché.

C’est votre histoire, c’est mon histoire, c’est l’histoire de tout le monde.
Non ? Toujours pas ?

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