Je veux retrouver mon mari!

Cela fait 9 jours que je suis sur ce fichu bateau. Cela fait 9 jours que nous tournons en rond, enlisés sous la masse inutile de paperasse que le client (le plus gros du Qatar sans le nommer) nous somme d’accumuler. C’est fait, et pourtant nous n’avons pas le tampon. Normal, le client ne travaille pas le vendredi, comme tous les Qatariens de la terre. Quel que soit le projet, la somme, l’urgence, ou le désespoir d’une pauvre fille à bord, le Qatar ferme le vendredi (et se demande d’ailleurs s’il ouvrira le samedi).

Me voilà donc sur les flots, a 800m à vol d’oiseau de la cote. Bien sûr je pense rentrer à la nage « en mode grenouille », ou interpeller n’importe quel pêcheur qui passe à proximité. Le confinement de la cabine, le manque d’exercice, le piment partout jusque dans les spaghettis bolognaises ont raison de ma santé mentale.

L’équipage, 100% indien et philippin, est aux petits soins pour la seule fille à bord. Hier j’ai même eu une poche (ou un sachet ca dépend de quel coin de France vous êtes) remplie de mini mars, de pistaches, et de kickers. Non c’est vrai j’ai craqué hier soir – parce que je me suis aperçue que le petit papier roule en boule au fond de ma poche écrit en arabe n’était pas le reçu du paiement de mon entrée au port, mais le sésame qui me permettait de vaquer « in and out » autant que je le voulais… Et cela fait 3 jours que nous sommes à quai, et que je pouvais rentrer chez moi, retrouver ma chérie, notre chat ainsi que le pigeon qui s’obstine à faire son nid dans le pot a persil sur notre balcon.

« J’ai ma famille ici, mon mari ». A chaque fois qu’on me demande si je suis au Qatar seule ou en famille, je rabâche le même refrain, le même mensonge, qui m’écorche la bouche. Enfin, cela dépends des nationalités. C’est tout de même étrange qu’une réponse dépende de la nationalité de son interlocuteur.

Oui mais voilà là nous sommes a 800m du bord. Et soudain il semble très difficile de revenir à quai. Pour de tas de raisons obscures de qui paierait les frais de port, entre autre.

Les élégants voiliers, qui profitent du vent qui souffle en rafales, me passent sous le nez, droits et blancs, éclatants de liberté, les zodiaques rebondissent gaiement sur les vagues, et moi je reste le nez à la brise, le menton sur les genoux, à regarder West Bay depuis ma prison immobile, en grignotant des mini mars.

Publicités