Expat’

Même en étant expatriées, l’écho des guerres qui raisonnent en France me vient jusqu’ aux oreilles. Nous sommes décidément loin, mais pas encore assez.

Le Qatar. Le pays le plus riche, le plus producteur de gaz et pétrole, le plus investisseur dans le monde, le plus économiquement en bonne santé, le plus pollueur, le plus beau. Ah non, pas le plus beau. Voilà 4 ans que nous sommes au Qatar. Ici évidemment pas de manifestations pour le mariage pour tous. Nous sommes là incognito, simples colocataires, chut, planquons-nous. A la limite 2 filles ensembles on est moins louches qu’un couple hetero non marié…Au niveau professionnel bien sur ce fut un tremplin. Personnellement la vie dans ce désert (poussiéreux) d’où sortent de grandes tours de verre (mal finies) construites par des indiens transpirant (payés avec des miettes) m’est pénible. Chacun sa conscience, plus ou moins silencieuse.

Mais malgré tout, via les réseaux sociaux, via les replay sur canal plus, le déchainement des anti-mariage pour tous (ainsi que la virulence de certaines réponses de la part de notre communauté) me touchent, m’attristent.

Non tous les enfants d’homos ne sont pas tordus, voués a être homos eux-mêmes, non le mariage pour tous ne vise pas à détruire l’institution du mariage telle que nous la connaissons.

Non tous les hétéros ne passent pas leur temps à boire, divorcer, et taper sur la gueule de leur progéniture.

Toujours l’attrait du sensationnel, de l’extrême, pour finalement vouloir dire la même chose « on a peur ». Tout changement fait peur. La belle affaire. Quand je me suis lancée, a 28 ans, et pour la première fois, dans les bras d’une femme j’ai eu peur. Quand le quotidien partagé avec elle m’a fait naitre pour la première fois l’envie d’avoir des mioches qui courent autour de nous, j’ai eu peur. « Et le papa dans tout ça ? » Que devient-il ? Alors on a le choix : On reste au point mort avec ses peurs et on rabâche les questions, ou on va chercher ses réponses. J’ai donc lu des articles, acheté les livres, téléchargé les publications, assiste à des congres. Il me reste toujours quelques points flous, mais l’interrogation est levée. Les choses sont claires, et le danger de mettre au monde un enfant qui sera forcément traumatisé par le manque de référent masculin est écarté ( !). Enfin, ne nous voilons pas la face, il sera simplement autant traumatise que tous les autres enfants de la terre, ni plus, ni moins…

Alors ce déchaînement est-il nécessaire ? Devons-nous passer par là pour accepter et avancer ? Le curseur de la tolérance doit être toujours repoussé, à grands cris, à  grandes peines. Et mes pensées vont à mes amies en France qui gardent la tête haute face à cette tempête, et couvent leur petits, tempête d’où naissent de formidables idées telles que ce blog. Même en étant expat’, loin de cette réalité, je pose ma petite pierre à l’édifice des centaines de témoignages, regroupements et contre-manifestations pour que la France, tout comme les pays Européens voisins, cesse de nous regarder avec méfiance mais nous englobe dans son humanité, et nous traite sans discriminations.

Par contre, il faut être honnête, tout ce remue-ménage ne nous donne aucune envie de revenir sur notre sol natal. Et expatriées nous resterons, mais dans un pays aux antipodes du Qatar. Le Québec. La France, tu l’aimes ou tu la quittes ! C’est un peu ça… C’est triste non ?

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